L’utilisation des bourgeons de plantes pour leurs propriétés régénératrices, même si on en trouve quelques traces dans les siècles qui précèdent, remonte au Dr Pol Henry, fils de forestier qui était particulièrement sensibilisé à ces amis de l’homme que sont les arbres.

En effet, l’utilisation traditionnelle des plantes a toujours mis à l’honneur la plante à sa pleine maturité. Parfois les fruits, les fleurs, les feuilles, les racines, la plante entière, la tradition a surtout mis l’accent sur une différence topographique des propriétés des plantes.

Utiliser les plantes en homéopathie

Rudolf Steiner, à l’origine de la logique anthroposophique distinguait les différentes parties de la plante et y faisait correspondre

des sphères d’action chez l’homme dans une logique d’inversion topographiques. Les racines y sont mises en correspondance avec la sphère plutôt mentale ou neuro-sensorielle de l’homme alors que la fleur et les sommités fleuries y sont mises en résonance avec la partie plus métabolique de l’humain. Tout se passe comme si l’homme et la plante étaient mis en inversion dans le sens vertical.
La phytothérapie plus moderne et ses transformations galéniques avec l’apparition de la gélule et des extraits, est restée dans cette logique topographique. Lorsqu’on évoque les propriétés de l’aubépine, ce sont les feuilles et surtout les sommités fleuries qui contiennent les actifs ayant une action apaisante sur l’éréthisme cardiaque et sur les troubles anxieux ou l’insomnie. Par contre, les fruits ont des propriétés différentes et seraient actifs pour aider au catabolisme des graisses dans le surpoids.

Pol Henry et Max Tétau : les bourgeons en homéopathie

La grande innovation de Pol Henry fut de voir dans le bourgeon, puis par extension dans les jeunes pousses, les radicelles, et même la partie interne des écorces, une partie de croissance mitotique intense. La partie la plus régénérante, la plus mitotique, donc la plus embryonnaire est donc celle qui contient les actifs qui peut-être peuvent aider le mieux l’organisme humain à réparer et régénérer les parties malades.
Cette intuition fut corroborée par les résultats expérimentaux et les résultats cliniques.
Au chapitre expérimental, citons parmi beaucoup d’études, le test de résistance au froid et la réduction de l’oedème plantaire chez
le rat avec les bourgeons de cassis (Ribes nigrum) et l’activité hépato-protectrice des jeunes pousses de romarin (Rosmarinus officinalis) chez le même animal, après intoxication au tétrachlorure de carbone.
Au chapitre clinique, les effets de régénération dans de nombreuses sphères fut facilement mis en évidence par la large diffusion chez les médecins depuis la deuxième partie du vingtième siècle de ces produits en macérats glycérinés dilués et dynamisés à la première décimale.
Le Dr Max Tétau, étudia particulièrement et diffusa l’utilisation des bourgeons en macérats glycérinés. C’est sous son impulsion qu’ils intégrèrent la pharmacopée homéopathique car il était persuadé que l’action particulièrement régénérante de ces produits ne pouvait être liée à une simple présence d’actifs (action phytothérapique) mais bien à une logique informationnelle de type homéopathique.

Importance de la dilution-dynamisation dans le médicament homéopathique

Depuis les années 2000, nous avons eu à coeur d’approfondir les possibilités homéopathiques de ces bourgeons et avons décidé de réunir un groupe de travail afin de pouvoir utiliser des dilutions et des dynamisations au-delà de la première décimale.
Les dilutions qui furent retenues furent les 4DH et 6DH, ce qui correspond à une hauteur de dilution assez basse pour l’homéopathie
(2CH et 3CH), donc une action de stimulation selon la logique des dilutions qui veut que les basses dilutions stimulent et drainent alors que les hautes dilutions freinent. Cependant l’utilisation de décimales permet un nombre plus important de dynamisations, en bonne logique avec le souci de régénérer et stimuler davantage avec des produits à forte pousse végétale.

Effets des bourgeons dilués et dynamisés en homéopathie

Nous pouvons d’ores et déjà observer une action stimulante et régénératrice particulièrement nette pour un bon nombre de ces produits.

Ribes nigrum bourgeons 4DH

Ce médicament a montré qu’il était très actif dans les phénomènes inflammatoires surtout rhumatismaux. A la posologie de 20 à 30 gouttes par jour, il a permis une réduction des poussées inflammatoires dans l’arthrose et une amélioration clinique sur un recul de plusieurs mois chez une vingtaine de patients.
Une action particulière a été mise en évidence sur les phénomènes arthrosiques des mains, où il s’est révélé efficace sur le moyen terme.

Ribes Nigrum bourgeons 6DH

C’est surtout l’effet anti-asthénique et l’effet de stimulation surrénalien qui a été retrouvé. Ce médicament a été efficace dans les asthénies sine materia et dans les asthénies suite à des sevrages de corticoïdes.

Pinus montana bourgeons 4DH

Il a été efficace seul ou en association avec Ribes nigrum bourgeons 4DH sur les douleurs des mains et sur les poussées inflammatoires, dans l’arthrose et dans une moindre mesure sur la polyarthrite rhumatoïde.

Tilia tomentosa bourgeons 4DH

L’action sur le sommeil a été mise en évidence. Il semblerait cependant que ce médicament soit plus actif comme élément de sevrage des hypnotiques benzodiazépiniques que dans les insomnies globales. Une durée de traitement de trois mois est nécessaire pour mettre en évidence une action sur la qualité globale du sommeil. L’action sur l’endormissement proprement dit est plus lent à mettre en évidence.

Olea europea jeunes pousses 4DH

Ce médicament a montré une certaine efficacité dans des hypertensions légères, surtout à forte composante neurotonique.
Les automesures tensionnelles retrouveraient une HTA surtout systolique et moindre sur la troisième automesure. Des mesures hygiéno-diététiques (sel, calories, exercice physique) y étaient associées. Il semble donc que Olea europea JP 4DH, à la posologie de 20 gouttes matin et soir puisse être une bonne alternative de début de traitement des HTA neurotoniques lorsque le doute sur une HTA avérée persiste. Un contrôle en automesure à trois mois (hors HTA graves d’emblée) permet de réévaluer la pertinence d’une telle alternative.
Chez les patients concernés, a été vue une diminution des symptômes d’éréthisme cardiovasculaire, à type d’oppression, de palpitations neurogènes ou d’extrasystolies neurogènes.

Ficus carica bourgeons 4DH et 6DH

Ces deux dilutions semblent avoir le même effet et cet effet semble fiable et constant dans les symptômes du haut appareil digestif.
Pyrosis, éructations, symptômes évocateurs d’hyperacidité gastrique, dyspepsies et intolérances aux graisses, semblent très améliorées par Ficus carica bourgeons à la posologie de 20 gouttes avant les repas de midi et du soir, à prendre dans un demi verre d’eau.
Dans plusieurs cas, la prescription a permis sur le long terme, un sevrage en inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) qui étaient consommés de longue date et sans antécédents d’ulcère.

 

Ces différentes observations nous conduisent à poursuivre l’utilisation large de ces médicaments végétaux embryonnaires, dans
leur galénique strictement homéopathique et dans leur logique informationnelle de stimulation et de régénération, pour d’autres
types de pathologies et pour d’autres types de populations.
Cependant, la forme liquide de macérat glycériné qui permet une extraction optimale des actifs (incontournable en 1DH) a l’inconvénient
de la présence d’alcool et ne convient pas à tous les types de populations (enfants, femmes enceintes et allaitantes).
Les dilutions 4DH et 6DH permettraient dans l’avenir, d’avoir à disposition des formes sèches en granules et doses
qui pourraient alors convenir à tous types de populations.

 

Dr Cyril Guy

 

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