« Aucune tâche n’a été déclarée plus unanimement que la médecine… art de supposition. C’est pourquoi aucune ne peut moins qu’elle se soustraire à un examen approfondi qui permettrait de savoir quels sont ses fondements, elle, à qui s’en remet le bien le plus cher de la vie humaine : la santé des hommes. »

Les sciences ont un besoin permanent de se repenser elles-mêmes, et d’être ainsi plus légitimes à penser le monde et la nature. S’agissant de sciences liées à l’humain, ce besoin devient obligation car l’enjeu est éthique.
Cette méthode réflexive inhérente à la science, l’épistémologie, a une ambiguïté de définition intéressante et éclairante. L’épistémologie désigne tout à la fois l’histoire et la méthode d’une démarche scientifique. Il n’y a pas de méthode sans histoire, qui serait issue d’une éternité non discutable. C’est par les origines et l’enchaînement des processus que l’on comprend la solidité tout autant que les zones plus fragiles du raisonnement.

L’homéopathie est une thérapeutique intégrée à la médecine.

En cela elle possède à la fois l’épistémologie de toute science médicale, au même titre que la chirurgie ou l’anesthésiologie, et celle que lui confère l’originalité de sa méthode.

Pour faire court, l’homéopathie se rattache à la méthode expérimentale et cela dès le départ avec son fondateur.
Les bases épistémologiques de l’homéopathie font l’objet du premier article de ce Cahier qui constitue une prise de date solide, un ancrage au milieu des bourrasques hostiles.

On pourrait tout de même s’interroger sur un paradoxe.
Nous militons (le mot n’est pas excessif) pour une thérapeutique homéopathique au sein d’une médecine intégrative se nourrissant de tous ses outils.
En même temps que cette démarche qui intègre, nous retrouvons une sociologie de patients et de praticiens qui sont dans une sorte de rupture.

Rupture avec une vision mécaniste où le patient est réifié.
La médecine depuis un bon siècle a fait des bons spectaculaires, se dotant d’outils thérapeutiques remarquables. Les nouvelles molécules ont fait reculer les infections et donné des outils puissants contre la plupart des pathologies graves. Les nouvelles technologies d’imagerie et de chirurgie ont démystifié le corps et fait pénétrer au plus intime des pathologies et bien sûr de leurs traitements.
Mais en même temps, un certain oubli du global est venu perturber cette belle fête. Le patient dans sa globalité physique, psychique, sociale et spirituelle est perdu de vue.

Rupture avec les mésusages liés au mercantile de la pharmacologie.
La découverte des antibiotiques, des anti-inflammatoires, des hormones obtenues par synthèse, des antalgiques puissants, doit toujours être reconnue, saluée de la manière la plus humble et la plus respectueuse.
Cette humilité et ce respect nécessitent aussi la plus grande rigueur pour condamner les mésusages, les surutilisations, favorisés par l’irruption du marketing dans la pharmacologie.


Cette démarche de rupture doit être comprise et bordée.
La tentation, sous prétexte de respecter le patient dans sa dimension psychique et spirituelle, de basculer avec lui dans des pratiques où la supposition et l’interprétation du réel prennent la place de l’expérimentation et de l’évaluation, n’est pas de mise.

Le patient a le droit de ne pas savoir. Il a le droit de rejeter tous vaccins, tout traitement qu’il jugerait invasif, en réaction aux excès qu’il observe ou qu’il suppose.

Nous avons par contre ce devoir de trier le bon grain de l’ivraie des dérives de raisonnement.

La science selon Prigogine et Stengers marque un tournant. Elle ne peut plus se penser sans l’humain qui la conçoit et avec la culture de son temps.
L’homéopathie intègre parfaitement l’humain dans sa méthode, puisqu’attachée à la phénoménologie du symptôme, autant qu’à l’objectivité de la nosographie.
En cela l’homéopathie peut à la fois être en rupture avec le mal mercantile et chosifiant l’humain, et en intégration avec la science de son temps.

Bonne lecture.


Dr Daniel Scimeca

 

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